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Journal Virtuel d'une Réalite Palpable


"Le chauffeur conduit les yeux fermés ou c'est moi qui ferment les yeux ? Brusque arrêt. Une famille est épargnée. La jeune fille me lance un sourire. Je craque"

Last year Alternatives embarked on the project to assist our partner organisations in setting up their web sites. (See report on page 11). Patricia Bergeron was one of the 15 interns. Before settling down to work in Delhi and Bombay she went on a tour across India to meet all our partner organisations. A long but interesting trajectory which took her from Delhi to Madras, Madurai, Trivandrum, Cochin, Bombay and Mussori. Below is a description of her first impressions of interaction with people, places and things.

13 janvier 1998. Je boucle mon sac pour la enième fois . J'ai sûrement oublié ma brosse à dents, mon coupe-ongle et mon chandail orange. L'avion m'attend. Après trois mois de formation à Montréal, de plongeons multiples dans l'autre monde, l'Indien, là-bas, nageant dans la politique, à la cuisine, au cinéma, à la société et encore à la politique; le départ se faisait attendre. Il pleut sur Montréal. Tant mieux.

15 janvier 1998. Aéroport de Delhi. 5h30 du matin. Mes yeux tiennent le coup, trop curieux d'observer et de capturer ces images. Tout mon corps reçoit l'Inde. Les odeurs, le bruit, la foule, le trafic, les regards, les couleurs, ma tête tourne. C'est un festival des sens auquel la montréalaise-moyenne n'est pas abonnée. Mais je m'abandonne. Première expérience sur les routes. Le chauffeur conduit les yeux fermés ou c'est moi qui ferment les yeux ? Brusque arrêt. Une famille est épargnée. La jeune fille me lance un sourire. Je craque.

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20 janvier 1998. Après Jules Vernes et son tour du monde en 80 jours, il y a eu les neuf canadiens et le tour de l'Inde en 14 jours. . .. Delhi, Madras, Madurai, Trivandrum, Bombay. Et tous les satellites de ses destinations. Des groupes d'éducation, des droits humains, aux pêcheurs du Kerala, sans oublier la politique. Trempant dans la campagne électorale, nous avons goûté à l'hospitalité indienne, à la cuisine du sud, à la chaleur et aux pannes de lumière artificielle quotidiennes et sans oublier, les discussions politiques interminables mais combien enrichissantes. Que ce soit pour tracer un brouillon jamais parfait des alliances futures, ou de certains nationalismes, de la question du Sri Lanka à celle du Cachemire, les Indiens ne se font pas prier de nous expliquer ces conflits et d'apporter quelques solutions personnelles. . .

Des gens rencontrés, je les ai trouvés courageux. Et ce n'est pas seulement un travail, c'est l'oeuvre de leur vie. Ils donnent leur vie pour ces causes. Ces luttes quotidiennes; contre la pauvreté, pour la justice, pour l'égalité des femmes, des intouchables, des questions de base, de respect d'êtres humains à êtres humains, ces gens, oeuvrant dans des ONG ou autre définition, travaillent sans relâche, sans jamais perdre l'espoir qu'un changement surviendra. Bientôt.

4 février 1998. De retour à Delhi, Delhi l'inhumaine, la polluée, la sans-coeur, la pas trop mignonne. Vivant à Munirka, quartier rempli de ces néo-riches, qui vident leurs portefeuilles pour se procurer la dernière télévision où les rêves pervertis américains se faufilent dans le câble. Mais Delhi, pour moi, c'est aussi Shakarpur, de l'autre côté de la Yamuna, quartier pollué et populeux. L'office du Liberation y tient adresse.

Pour la première fois de ma courte vie, je travaillais avec un groupe, un parti politique ou justement ce mot " politique " perd de sa théorie et vole du concret à la réalité. Première semaine, un ministre d'Assam est assassiné en plein rue. Deux jours plus tard, on organise une manifestation. Ce saut dans la politique indienne s'accompagne dans celui des élections qui approchent à grands pas.

Oui, les Indiens ont été voté, malgré les bombes et la peur qui s'en suivit un peu partout. Élections pour des Indiens quelque peu blasés de ce processus démocratique, de ces devinettes mathématiques d'alliances, désalliances et réalliances, il y a de quoi décrocher. Mais il y a trop de luttes palpables pour décrocher du seul droit "démocratique" que tout Indien possède, le droit de voter. La démocratie s'arrête là. Travailler avec mes camarades du Liberation m'a ouvert les yeux de façon plus objective sur les options et à la seule véritablement démocratique, la gauche. La seule option véritablement séculaire, socialement à la défense des droits civils de tous, femmes, enfants, étudiants, dalits.

19 mars 98. Hier, je contemplais les montagnes à Mussourie. Aujourd'hui, je fais mes adieux à mes camarades à Delhi. Et demain, je serai à Bombay. L 'Inde termine de fêter ses 50 ans d'indépendance. Indépendance? Aujourd'hui, avec le BJP et ses alliés qui gouvernent, les ennemis sont nombreux et de taille imposante ; multinationale, globalisation et néo-libéralisme. Rien de rassurant; rien à célébrer. Le même ennemi qu'autrefois, il a emprunté un nouveau masque.

L'Inde, l'éternel conflit entre les traditions et la modernité. Qu'y aura-t-il a célébrer pour le centenaire? J'aimerais bien y être.

-Patricia Bergeron

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